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Polly et Venda - Sassenage (38)

  • 14 avr.
  • 6 min de lecture
Intervention du 20/11/2025 à la Dent du Loup

Appel du 17/11/2025 à 17h44


Maxime prend l’appel :


Président de l'asso de chasse de Sassenage. Les chiennes sont pas rentrées depuis samedi 15/11. Elles ont un collier GPS qui n'a plus de batterie depuis dimanche 16/11 après-midi. Entre dimanche matin et dimanche aprèm, elles s'étaient déplacés de 300 à 400m. Elles pourraient être coincées dans la loze où se situe le point sur la carte. L'oncle et un collègue sont montés le 17/11 mais le terrain glissait donc ils ont fait demi tour. D'après les informations qu'on a, ils les auraient possiblement entendues mais rien est sûr.


Après les images au drone d'Arnaud, nous prenons conscience que ce secours risque d'être compliqué, le terain est hostile et potentiellement instable. Une équipe s'organise pour le lendemain.


Composition de l’équipe technique : Kévin, Maxime et Clément, soutien par drone avec Arnaud.


10h45 – Départ en intervention après un trajet en voiture au plus près de la zone de récupération des chiens. Accompagnés d’un proche du requérant.


11h25 – On laisse la personne pour commencer la descente sur les chiens localisés la veille au drone. Les coordonnées sont dans le GPS et sur les téléphones. On commence la progression en corde tendue jusqu’à la localisation GPS.


12h45 – Visuel sur les chiens, Arnaud est présent avec nous via le drone.


13h – Contact avec les deux chiennes : Polly, 6 ans, et sa fille Venda, 1.5 an, par Kévin. Le retentissement de la VHF reste gravé : « Elles sont bien vivantes ! Pas épaisses, mais bien vivantes et bien fraîches ». C’est à ce moment-là que la première étape de la journée est validée. Maintenant on sécurise les chiens dans les harnais, renforcés par une couverture de survie pour limiter l’hypothermie qui les guette.



13h15 – Maxime arrive au contact de Kévin pour transférer les chiens vers une zone sûre et en sécurité.


13h40 – On se retrouve tous sur la zone sécurisée. Kévin s’occupe de Venda, très affaiblie, et Clément récupère Polly. Maxime équipe les premiers rappels d’une longue série.


14h50 – Le terrain devient plus propice à un encordement en corde tendue et on progresse en se frayant un chemin au milieu des pierres qui roulent, de l’abondance de neige sans sous-couche donc instable, et des feuilles. La progression s’annonce éprouvante, autant sur le plan physique que mental.


À ce moment du secours, le temps se gâte : la neige tombe à gros flocons et un nuage bas empêche Arnaud de nous guider au drone.


16h05 – On arrive à un pylône électrique avec une plate-forme d’héliportage. Sur les conseils d’un proche du requérant, on progresse vers le haut pour rejoindre une sente. Le temps passe et la météo ne s’arrange pas. L’équipe a de plus en plus froid, les conditions deviennent difficiles.


17h – Un choix s’impose, une décision collective est prise. Le cheminement « à l’aveugle » avec la nuit qui approche, devient risqué. On prend la décision d’appeler le secours en montagne pour savoir si une récupération en hélico est envisageable ou bien une autre alternative. Après discussion avec les secours, pas d’hélico possible : la nuit est là, les lignes électriques sont trop proches de la DZ. On accepte et on comprend les difficultés d'intervention.


Un choix pas évident à faire. Nous intervenons en milieu difficile, avec nos compétences et connaissances de la montagne dans nos pratiques professionnelles et de "loisirs" respectives.

Notre choix et notre engagement de rentrer à l'ESAM ne doit pas nous faire oublier les dangers de la montagne surtout quand la nuit arrive. Notre conviction est de secourir les animaux en danger ou blesés sans mettre notre propre vie en jeu.


Le fait de partir en secours à l'ESAM de doit pas être un frein quant à l'appel à l'équipe de secours comme le PGHM ou à la CRS Alpes dans le cas ici présent. Il faut rester humble dans ce genre de situation et accepter demander un avis extérieur :

Les appeler ne signifie pas de déclencher obligatoirement un secours mais bien demander conseil sur la situation (pour donner un exemple, c'est ce qui correspond à appeler le 15 pour demander un avis médical pour un problème de santé, mais qui ne déclenchera pas systématiquement une équipe du SMUR sur place).


D'autant plus que dans la situation présente, nous avons travaillé ensemble pour la bonne fin de notre intervention.


Une des chiennes, Polly, commence à être dans un état critique, l’hypothermie la guette, on ne peut pas rester là à attendre.


Une prise de décision rapide et réfléchie. L’équipe a froid, les chiens ne vont pas tenir beaucoup plus longtemps. On décide de vider nos sacs, d’accrocher le matériel à nos baudriers. On emmitoufle les chiennes dans nos couvertures de survie et on les glisse dans nos sacs à dos.


Changement d’itinéraire : on progresse vers la vallée en rappel.


18h20 – On attaque les rappels pour rentrer à la voiture. À partir de ce moment-là, un engagement et un contrôle croisé du matériel sont primordiaux. Bien que la forme soit encore là, la fatigue et le froid sont bien présents. Pas le droit à l’erreur.


Le froid est si intense que notre matériel gèle, les cordes deviennent rigides, les gants et pantalons restent collés aux surfaces métalliques. On en rigole, le moral est bon. Arnaud, de son poste avancé (au chaud dans le pick-up), nous aide à garder la motivation en discutant à la radio.



Kévin et Clément ont les chiennes dans les sacs ; Maxime se transforme en sherpa avec un nombre incalculable de cordes sur lui. Les sacs forcent sur les épaules, mais l’envie de sauver ces deux louloutes est plus forte que la douleur.



19h45 – On progresse toujours en rappel. Lors d’une mésaventure, une corde se bloque. Il nous reste beaucoup trop de rappels à faire pour l’abandonner sur place. Maxime prépare l’équipement de remontée sur corde pour débloquer le nœud coincé autour d’une souche d’arbre.


Ayant prévenu la CRS Alpes de notre situation, un point est effectué toutes les 1h30 pour suivre notre progression. Un envoi de SMS permet de nous localiser pour prendre la bonne décision quant au cheminement. Un soutien non négligeable dans notre situation.


22h20 – Fin des rappels, on est enfin sortis de cette dalle interminable. Les chiens sont au chaud, tout le monde est heureux de retrouver la forêt, plus ou moins praticable. On pose les sacs 10 minutes, le temps de récupérer. On rappelle la corde de descente.


Tout au long de notre progression, quelque chose se passe dans l’ombre : un afflux de soutien exceptionnel par les réseaux sociaux nous arrive via Lucie, qui nous envoie des messages de soutien. Nous sommes 4 sur le terrain mais des centaines sur cette intervention.


22h30 – On progresse dans la forêt, la fin approche à grands pas.


23h – Dernier obstacle : les ronciers à traverser. Après ce que l’on vient de vivre, Kévin mobilise ses dernières forces pour se frayer un chemin.


23h30 – Les chiennes sont en voiture. Mission réussie.



Arrivés à la voiture, on informe la CRS Alpes de notre mise en sécurité et de la fin de la mission. Nous avions connaissance de la complexité du secours ; leur appel nous a permis d’avoir un œil extérieur sur notre progression et leur connaissance du terrain nous a permis un cheminement le plus simple et sécurisé possible, en croisant nos données GPS et les leurs.


Ce secours fait prendre conscience de la complexité et de la dangerosité dans lesquelles ces chiens ont pu se mettre. L’ESAM prend tout son sens dans ce genre de situation. Un moment dont on se souviendra longtemps.

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Quelques jours se sont écoulés depuis l'intervention.

Les stigmates de cette journée hors norme sont encore bien présents dans nos têtes comme sur de nombreuses parties de nos corps (douleurs au épaules avec le poids des sacs chargés par les chiens, le froid et le poids du matériel aux baudriers.)

On prend des nouvelles les uns des autres, soutenus par les membres du bureau et le reste de l'équipe.

Un sentiment particulier apparait, tout les trois sommes habitués à l'alpinisme, l'escalade, aux conditions difficiles et à l'esprit de cordée (ne faire qu'un avec son ou ses partenaires, accepter de faire confiance à l'autre) .

Sur ce secours Maxime et Kevin se connaissent bien et ont déjà travaillé ensemble, pour Clément c'est la première fois. Après cette journée, une étrange impression d'avoir toujours fait de la montagne ensemble apparait.


La cohésion, l'entraide et la bienveillance sont les termes appropriés pour définir ce que l'on vit à chaque instant lors de nos secours.


Il n'y a pas a dire, l'ESAM ça rapproche.



Ce récit est vécu, rédigé et mis en images par Clément.

Ce secours est son premier avec l'ESAM

1 commentaire


Cathy38
14 avr.

Bravo à tous ! On peut vraiment compter sur vous pour secourir les animaux ! Quel dévouement 🙏👏👏👏👏🥰

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