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Samba

Il est 8 h 31 ce lundi 6 octobre quand on reçoit un appel : des chasseurs ont besoin d’aide pour aller chercher Samba, une jeune beagle de 4 ans qui s’est coincée la veille sur une vire en poursuivant un sanglier. Elle est entre deux falaises et ne peut plus faire demi-tour… Le temps presse parce qu’on ne connaît ni son état ni son emplacement exact !


Heureusement, on pense qu’elle est vivante parce qu’on la voit bouger au GPS (parfois les imprécisions des gps font qu'ils bougent alors que le collier non...) mais après une nuit dehors, elle est sûrement fatiguée. Il y a aussi un autre problème : on sait qu’on va intervenir sur une zone où le rocher est mauvais, et il y a un vrai risque que la chienne se blesse. On doit y aller au plus vite ! Pour un premier jour de vacances après huit jours en montagne, on a connu plus reposant !


L’alerte est donnée, et le temps que l’on constitue l’équipe, que l’on se libère (et oui, on est volontaires, donc on travaille, on va à la fac, on a des enfants…), et que l’on s’organise, il est déjà 12h10 lorsque l’on arrive au Versoud avec Maxime pour préparer le matériel !

Maintenant, plus de temps à perdre : on récupère au plus vite les cordes, les baudriers, les gilets et tout le matériel nécessaire, et on se rend sur le lieu de l’intervention : Barraux, juste à côté de Pontcharra (38).


Après une demi-heure de route et un repas vite englouti (quelques biscuits ;)) on arrive à destination. On rencontre les requérants et, tout de suite, on se met au travail : on discute du terrain ; quelle est la hauteur de la falaise ? Les arbres sont-ils solides ? etc. On en profite aussi pour regarder la falaise d’en bas afin de décider d’un plan d’action et d’échanger nos premiers ressentis : 

« C’est haut, on a bien fait de voir large avec les cordes.

-Il y a des animaux sur la falaise, on fera gaffe aux chutes de pierre.

C’est aussi à ce moment que Maxime nous glisse :

-Vous le sentez, les gars ? » 

Ça fait du bien d’entendre ça : si l’un d’entre nous ne le sent pas, c’est important de le dire, et pour ça, il faut se sentir en confiance. Maxime a vraiment fait un super travail de ce côté-là, d’autant que c’était mon premier secours sur corde, et que Benoît -bien que plus expérimenté- a rejoint l'association récemment aussi. Après ça, on prend le 4×4 du requérant (le nôtre est en panne…) et on monte. Et oui, c’est toujours plus simple de monter en voiture qu’à pied (même si à l'Esam on aime bien user nos souliers).


Sur la première vire, Maxime évalue le terrain
Sur la première vire, Maxime évalue le terrain

Maintenant à quelques mètres à peine de la falaise, on installe le matériel et on établit le plan : Benoît va descendre en rappel 20 mètres en dessous sur la première des deux vires pour repérer le terrain et pour commencer à installer le deuxième rappel qui nous permettra d’aller au contact du chien. Une fois qu’il sera en bas, ce sera à mon tour d’y aller et enfin Maxime nous suivra. Pour sa part, Jean-Marc va rester en haut pour faire le lien avec les requérants, répondre aux questions, gérer la radio, et — on le verra plus tard — nous sortir d’un mauvais pas ! Pour l’instant, aucune nouvelle du chien… Il ne répond pas quand on l’appelle et nous ne savons pas ce que nous allons trouver en bas.


Arrivé en bas, Benoît nous confirme qu’il est parfaitement possible d’effectuer un relais (une manip de corde indispensable pour descendre en rappel ; ce relais va supporter notre poids, il est donc primordial de bien le réaliser). Je le rejoins en vitesse et suis immédiatement rejoint de Maxime. Et là, on se rend compte qu’on a un souci : il nous manque une corde !


Je vous avais dit que Jean-Marc allait nous sortir d’un mauvais pas ? Plutôt que de devoir remonter la corde pour aller en chercher une, il nous a tout simplement largué le sac directement à nos pieds (en ayant pris soin de l’accrocher à la première corde qui nous a permis de descendre). Un gain de temps non négligeable quand on doit aller chercher un pauvre toutou. 


Bon, maintenant qu’on a tout, concentration extrême ! Nous avons d’un côté une falaise qui n’attend qu’un seul faux mouvement pour nous punir, et de l’autre… une autre falaise qui, elle, peut nous envoyer des cailloux sur le casque à chaque instant. 


Il faut comprendre une chose : les chiens ne se bloquent que rarement dans des terrains stables, et ces terrains sont une spécialité des secouristes de l’ESAM. Nous nous entraînons régulièrement pour limiter des risques qui sont souvent à une seule mauvaise décision de se manifester. Alors, si vous nous lisez et qu’un jour votre animal se coince, appelez-nous, et n’essayez pas vous-mêmes d’aller le chercher ; nous sommes là pour ça !


Là, le plan est différent : Benoît et Maxime vont aller en bas sur la deuxième et dernière vire

pour trouver le chien, tandis que je reste en attente. Cette deuxième vire est certes plus plate que la première, mais il ne servirait à rien de descendre à trois, et cela pourrait effrayer un chien dont nous ne connaissons ni l’état ni le caractère. Alors ils descendent à deux ; je me mets à attendre une dizaine de minutes.


Quand soudain la radio s’active… « J’ai le chien ! » 

"Maxime pour Benoît, j'ai le chien"
"Maxime pour Benoît, j'ai le chien"

Quelle surprise ! Elle est là, sans blessures apparentes, toute belle, toute pimpante, quoique un peu tremblotante. Il faut dire que la nuit dans la forêt a dû être fraîche et humide. En tout cas, il faut croire qu’elle nous aime bien puisqu’elle est venue tout de suite jusqu’à Benoît et Maxime, et s’est sagement laissée faire lorsqu’ils lui ont passé le harnais.


Bien, c’est fini, on va boire un café ? Que nenni, elle est certes sécurisée, mais nos trois compères sont encore à 80 mètres sous le pick-up, en pleine falaise. Alors au boulot : il faut remonter tout ce beau monde.


Très vite, Maxime remonte et donne la suite de la marche à suivre : les deux ne peuvent pas remonter ; la corde frotterait trop et risquerait de s’abîmer. On va donc i


nstaller une autre corde, pour que je puisse me mettre en rappel dessus. Je me positionnerai au niveau de la cassure où la corde frotte, avec une poulie au baudrier, et la corde sur laquelle sont nos deux amis passera dedans ; ainsi, elle sera plus haute et ne touchera pas la falaise. Alors je me mets en place et tout le monde remonte tranquillement, aidés par Maxime qui tire la corde, économisant ainsi Benoît, qui n’aura pas à tout tirer seul.

ça fait les bras
ça fait les bras

On se retrouve alors tous à la première vire, l’ambiance se détend un peu, c’est presque fini, tout le monde va bien ! Plus qu’une vire à remonter, alors on fait au plus vite : Maxime monte en premier, pour pouvoir hisser le chien qui se retrouve en un rien de temps tout en haut, fatigué mais heureux de revoir ses maîtres. C’est toujours un peu triste de ne pas voir les retrouvailles, mais on se console comme on peut en se disant qu’on aura été utiles ! Maintenant que le chien est en haut, on n’a plus qu’à remonter avec Benoît. Facile, comme à l’entraînement ! On s’équipe en discutant tranquille, à moins d’un mètre l’un de l’autre, quand soudain : PAF ! Une énorme pierre de plusieurs kilos passe entre nous deux à toute vitesse ; on n’a même pas le temps de bouger qu’elle s’écrase plusieurs dizaines de mètres en dessous ! On n’est vraiment pas passés loin de se la prendre sur le tibia, ça aurait fait mal… Ce n’est pas pour rien que les chutes de pierre sont parmi les plus gros dangers en montagne : peu prévisibles, très rapides, déclenchées par tout et n’importe quoi, et tant d’autres raisons. Ces risques objectifs peuvent être limités mais jamais annulés. On est conscients des risques.


Ce n’est pas le tout, mais il nous faut remonter. Alors j’y vais en premier, et Benoît vérifie mon installation : c’est toujours bien de se faire vérifier entre nous, mais en plus moi, c’est mon premier secours sur corde, et je n’ai pas envie de me faire mal alors qu’on est tout près du café. Je remonte donc rapidement, et suis suivi de près par Benoît. Ça y est, on est tous sortis de la falaise. On retrouve Jean-Marc, et voilà, le secours est terminé ! On se déséquipe et on rentre au pick-up qui nous redescend — et soyons honnêtes, ça va plus vite !

Une fois en bas, les requérants nous offrent le café (je vous ai dit que j’aime le café ?) et on en profite pour remplir les papiers et discuter de tout et de rien. Ils nous font un super don, merci à eux ! Et c’est déjà l’heure de se quitter : il est fréquent que des secours durent plus de dix heures ; le nôtre en aura duré même pas quatre. On se met en route pour le Versoud dans une ambiance légère : tout le monde va bien ; le chien a été sorti de sa falaise sans problème, et les requérants sont heureux. Si tous les secours pouvaient se passer comme ça !


Samba, fatiguée mais sauvée
Samba, fatiguée mais sauvée

J’aimerais vraiment remercier Maxime, qui a été un super chef d’équipe, et Benoît, qui ont vraiment pris le temps de me remontrer les manips, m’ont appris beaucoup de choses et le tout avec patience. Je veux aussi remercier Jean-Marc qui m'a fait confiance alors que c'était l'un de mes premiers secours, il nous aura aussi énormément aidé auprès des requérants, en plus de nous sauver la mise avec la corde. Merci à vous trois !


Ce secours a été vécu, photographié et rédigé par Antoine N.


 
 
 

1 commentaire


Alain Hebrard
24 nov. 2025

Je suis admiratif!!!

BRAVO Messieurs. Félicitations

Avec le bénévolat de personnes comme vous "la vie est plus belle".

J'imagine la joie de Samba lorsqu'elle a retrouvé ses maîtres


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